2048 était au départ une nouvelle s’insérant dans la série « Sorciers ». Le personnage principal était une jeune femme découvrant ses pouvoirs sorciers dans un monde ultramoderne et sombre. Mais très vite, l’intrigue m’a échappé dans le sens où l’aventure s’est ouverte sur de nombreuses voies possibles et palpitantes. L’univers qui m’apparaissait devenait tellement riche qu’il m’a semblé important — et sur les conseils précieux de ma compagne — de le développer en roman. Si 2048 allait devenir un roman, le format « feuilleton » fut choisi, car le rythme et l’histoire s’y prêtaient bien. J’achève actuellement l’épisode 2 et l’écriture du 3 est déjà entamée, mais dès le départ tant dans sa forme que dans le fond, 2048 devenait un hybride. Ou même, plus exactement, un OVNI… ou Œuvre Vouée à la Non Identification !

Certains l’ont critiqué assez durement sur le thème : « mais, ce n’est pas de la SF ! », « c’est assez dur à comprendre ce mélange », « j’ai perdu mes repères et ne suis pas parvenu à me positionner dans cet univers », etc. Tandis que d’autres l’ont encensé en évoquant « une œuvre parfaitement maîtrisée », « des personnages attachants », « un roman haletant », « l’univers crée confère une atmosphère inquiétante et oppressante », etc. On peut dire que le roman ne laisse pas de marbre, pour le meilleur et pour le pire (?).

Quelques mois après sa parution, tout cela me laisse perplexe et, comme pour tout auteur, je pense, cela m’a amené à réfléchir à la question. En vérité, je n’ai jamais cherché à faire de la pure SF. Ce n’est pas mon style et je n’ai jamais voulu que ce le soit. J’ai simplement, comme je l’ai décrit dans un article précédent, souhaité écrire l’histoire que l’on m’a donné à écrire et ai tâché de le faire le mieux possible. 2048 est une sorte de dystopie, certes, c’est une évidence, mais quant à la placer clairement dans un genre précis, je ne m’y risquerai pas et puis je crois que je m’en moque un peu. Je trouve d’ailleurs « amusant » que les classements sur le Web figent de fait le style du livre en le plaçant dans une catégorie bien précise (fantastique, SF, Hard SF, etc.), et la plupart du temps de manière fausse ou du moins très limitante. À moins qu’on écrive dans le plus pur des styles en sacrifiant sa propre histoire pour qu’elle colle à un genre préconçu, cela revient à dénaturer voire détruire l’inspiration et la créativité réelle. Rentrer dans le moule — quel qu’il soit — n’a jamais été mon genre. Mais si je me moque du moule, il y a des risques que le moule en question se moque de moi à son tour…

2048 se veut un moyen pour moi de continuer d’explorer la thématique initiée dans « Sorciers » et de la pousser plus loin encore, en la développant dans un monde futuriste, à la fois proche et lointain. Ce sont des séries comme « Black Mirror » ou encore des livres de Jodorowsky ou King dont l’aspect décalé m’influence dans ce cas. Je cherche cela pour mieux imaginer des extrapolations au monde actuel et réfléchissant à  ce qu’il pourra advenir ensuite. Et bien sûr, j’y fais évoluer mes personnages aux dons magiques.

« Entre Total Recall et Dr Strange » a avancé un blog dans une critique, hé bien je valide ! Je trouve capital — surtout au vu de la production littéraire massive de nos jours — qu’on puisse sortir complètement des rails que nous imposent les « genres ». Quand je pense à « Sorciers : Wakiza », je ne vois fichtrement aucun genre dans lequel le placer véritablement. Et en vérité, j’aime beaucoup ça, car la nouvelle est ce qu’elle est, point. Idem pour 2048.

 

Passer au-delà des genres

Je pense important qu’un écrivain puisse se libérer des entraves que peuvent être les genres, imposant que « ceci se fait » ou « cela ne se fait pas ». Au nom de quoi ? La plupart des gens qui sont célèbres ou du moins reconnus dans certains genres sont des personnes qui à leur époque ne rentraient précisément dans aucune case et étaient, la plupart du temps, mis au banc ou suscitaient de vives critiques pour ces mêmes raisons. Intéressant, non ? Bien sûr, il ne s’agit pas non plus de faire n’importe quoi, mais j’insiste sur le fait qu’un auteur doit se sentir vraiment libre pour créer.

D’autre part, et souvent, le lecteur — comme les gens dans la vie quotidienne — n’aime pas perdre ses repères ou être bousculé. Pourtant, je considère la lecture comme un véritable voyage immobile (d’ailleurs je prépare une nouvelle ensorcelante sur ce thème, mais chut !). Et voyager veut aussi dire abandonner les repères habituels. Faire voyager le lecteur dans de nouveaux territoires invisibles est précisément ce que je cherche à faire.

Alors, écrivons, créons, ouvrons de nouvelles voies ou renouvelons celles existantes, mais sentons-nous libres de le faire plutôt que de vouloir coller à la « bien-pensance » littéraire généralisée.