La littérature de l’imaginaire fait souvent office de parent pauvre dans le paysage de la littérature générale, surtout en France. Bien que depuis quelques années, les choses changent un peu, tout un pan de « l’intelligentsia littéraire » la limite tout de même encore à un style tout juste bon pour des lecteurs qu’elle réduit au profil d’ados attardés – alors même qu’ils peuvent être adultes et responsables. On  considère la SF, la Fantasy ou encore le fantastique à peine comme de la  vraie ( ?) littérature. Pourtant, à mon sens, la littérature de l’imaginaire, tous styles confondus, peut, et est, bien plus que cela. Le potentiel est même gigantesque.

La littérature de l’imaginaire permet par exemple une chose fondamentale pour l’humain et son équilibre : le questionnement du réel, de soi et du monde qui nous entoure. Ce n’est pas pour rien non plus que c’est précisément à l’âge de la remise en cause –effectivement vers l’adolescence- qu’on lit le plus de SF, fantasy, etc. Mais le hic est qu’on peut –et heureusement- continuer de s’interroger sur le monde et sur soi après cette période, et ceci avec ces fameux romans de pure fiction. Nous sommes en vérité nombreux à le faire…

Même le terme « imaginaire » est limitatif et assez peu représentatif, car un roman policier n’est-il pas, lui aussi, imaginaire ? Pourtant, il n’est étrangement pas classé  dans cette même catégorie. L’histoire d’un thriller est tout aussi inventée, ou du moins en partie, ainsi que les personnages, la trame, etc. La part d’imaginaire est donc aussi importante, même si le cadre est réel. Le terme de « littérature d’imaginaire » présenterait alors en lui-même soit un espace trop large, soit une hypocrisie légèrement méprisante, du genre : « ceci n’est pas de la littérature, c’est de la Fantasy ! De l’imaginaire ! », sous entendu, bon pour les « grand(e)s gosses rêveu(se)rs ».

Pourtant, se questionner soi-même (par miroir) ou la réalité sont de grandes questions : qu’est-ce que le réel ? Ce qu’on voit, ressent ou touche ? Ou plutôt ce qu’on croit qu’on voit, devrais-je dire ? Car qui voit réellement ce qui est, tout ce qui est et non pas seulement ce qu’on croit qui est. Notre perception est, par définition, forcément limitée – c’est la nôtre- et surtout, elle est filtrée par nos pensées, préjugés, distractions, entachées d’émotions diffuses, etc. C’est notre perception intime, reçue via notre mental, notre histoire, nos blessures, etc. Cette subjectivité fait que chacun voit son monde et non le monde tel qu’il est. C’est déjà une aspect important. Vient ensuite le positionnement de soi dans ce monde. Qui suis-je ? Quels sont mes valeurs ? Suis-je cohérent ? Dans le cadre de ces questionnements, la littérature de l’imaginaire nous aide à ouvrir d’autres portes, sur d’autres mondes et surtout d’autres façons de voir notre monde, autant au-dedans qu’au dehors.

L’imaginaire, comme les contes depuis la nuit des temps, nous permet de nous ouvrir tout court.

Que notre perception ne soit qu’une perception limitée, n’empêche pas de s’intéresser tout de même au questionnement du réel et de notre perception de celui-ci. Le monde imaginaire nous permet de revisiter notre propre monde et notre perception de celui-ci, de s’interroger sur les points de vue, sur l’organisation sociale, sur l’Histoire. C’est ce que j’ai tenté de faire avec « Sorciers » et « 2048 ». 2048, au passage, n’est pas de la pure SF comme il est officiellement classé, mais plutôt un genre hybride. Je n’ai pas cherché à coller à un style mais simplement à écrire une histoire pour amener le lecteur dans un monde qui soit à même de faire réfléchir tout en le faisant voyager. D’ailleurs l’intérêt premier est toujours le voyage. C’est toujours après le voyage qu’on se découvre changé, touché par tel ou tel rencontres, images, souvenirs. C’est au retour « chez soi » qu’en se souvenant on constate par contraste. C’est ainsi que la littérature de l’imaginaire a plus vocation à être un véhicule pour un périple dans d’autres réalités qu’à distraire bêtement. Pour ça, il y a la TV …

Avec « 2048 » et sa suite, j’ai voulu interroger le réel et la réalité virtuelle. J’ai aussi essayé d’explorer les possibles dérives du transhumanisme, de l’Homme augmenté, dans un monde qui serait contraint d’y avoir recours pour survivre, ni plus ni moins. Que ferait-on en cas de force majeure ? Dans le roman, il s’agit d’une pandémie qui menace l’humanité entière. Mais cela pourrait être toute autre chose. Et si cette même menace venait aussi dénaturer de manière définitive notre perception du réel par une surimposition du virtuel, de manière permanente et omniprésente ? Dans ce roman, la PIGAG a été conçue pour cela. Cette puce représente, dans l’intrigue, le seul moyen de guérir les gens. Mais le prix était l’implantation dans le cerveau et la modification radicale de la perception du réel. Je ne vous en dis pas plus pour vous laisser le plaisir de découvrir le reste en le lisant.

Dans la méditation, que je pratique depuis plus de 14 ans, nous sommes forcément confrontés à cette question de la perception de la réalité. Comment le monde est-il perçu ? Quels rôles ont nos pensées sur cette perception ? Et même, en allant plus loin encore : qui est celui qui perçoit ? Ce sujet, ce « témoin », est-ce véritablement le « je » que l’on croit être ? Cet observateur est-il neutre ? Comment est filtré le réel par le mental ? Mais ensuite, comment vivre pleinement notre existence dans le monde, depuis une plus grande unité intérieure ? Cela change-t-il les choses ? Voilà de vastes questions devant lesquelles le méditant est amené. Et au final, si vous pouvez voir l’impact qu’a un bon livre sur vous, ceux dont on sait qu’il vous touche voire vous bouleverse, vous verrez que certains livres changent votre vie, et donc votre perception de celle-ci. L’incroyable pouvoir de l’écriture et de la lecture. N’est – ce pas merveilleux ?

L’écriture et la lecture sont ainsi d’excellents vecteurs pour s’interroger, s’ouvrir, expérimenter d’autres facettes en se mettant dans la peau des héros, en suivant simplement le périple que le roman vous propose. En passant par d’autres mondes, d’autres idées, de nouveaux concepts et paradigmes, nous pouvons investiguer divers « possibles ». On voyage à travers les utopies, dystopies, uchronies, univers parallèles, réalités de fantasy-historique, etc.

Bien sûr, si ces lectures amènent éventuellement un questionnement de la réalité, elles amènent aussi une interrogation sur l’Histoire, autant que sur l’avenir. Nous le voyons à travers les grands classiques d’ « anticipation ». Si certaines visions d’avenir sont noires et loin du réel (heureusement parfois), elles permettent néanmoins de se dire que tel ou tel développement du monde serait à éviter, ou encore que telle chose s’est bel et bien réalisée car le chemin que nous avons choisi était prévisible, voire prédictible, pour celui qui pouvait « voir loin ». Le rôle de lanceur d’alerte, de réflexion sur le présent autant que sur les perspectives possibles en parfois crucial. Cela pose aussi forcément la question du rôle de chacun d’entre nous.

Considérant tout cela, la littérature de l’imaginaire est, pour moi, une littérature qui peut non seulement faire rêver, mais aussi éveiller, voyager, réfléchir et même philosopher sur l’humain et l’univers lui-même. En cela, cette forme de littérature mérite largement qu’on lui attribue enfin ses lettres d’or et une place digne de ce nom dans le monde du livre.

 

Liens:

http://blog.bnf.fr/diversification_publics/index.php/2011/06/07/a-la-rencontre-de-la-science-fiction/

https://resf.revues.org/749?lang=fr

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