Je travaille depuis quelques semaines sur un nouvel essai. Après « L’Alchimie des énergies », un livre à la fois pratique et théorique, dense et large, je voulais quelque chose de direct, simple. Quelque chose tournant autour de l’idée du « guerrier pacifique » (même si la rhétorique guerrière est gênante).

Alors que j’écris celui-ci se produit la crise actuelle, qui en fait est une crise systémique, globale, et transversale. Ce qui m’apparaît comme crucial, et mes mots sont surtout pour ceux qui cheminent sur la voie de la connaissance de soi, c’est la multitude des défis qu’entraîne cette situation, venant s’additionner à une liste déjà longue.
En fait, il y a une foule de défis immédiats (et depuis longtemps urgents et cruciaux) : l’écologie, le changement nécessaire et ultra-urgent de notre économie, la prise de conscience que notre système complet doit changer, sans délai, et donc nous, avant tout. Et c’est ce dernier point qui est primordial.
Comme l’ont si bien démontré nombre de scientifiques, chercheurs, sociologues, et autres (lire à ce titre les livres sur la collapsologie, l’effondrement positif, etc.), des gens bardés de diplômes bien plus que moi (qui n’en ai pas), il y a tout de suite après la prise de conscience de ces défis, un autre défi : les digérer. Et cela, sur la voie de la connaissance de soi, c’est un pilier. Sommes-nous esclaves ou libres de cela ? Est-ce un poids, une ombre ? Est-ce un sujet sur (et avec) lequel nous discutons, que nous abordons facilement voire avec lequel on grandit pour devenir plus serein et plus ancré ? Plus conscient ?
Digérer cette énorme prise de conscience (multifacette et ô combien anxiogène), c’est une autre paire de manches que simplement le comprendre intellectuellement (ce qui déjà est une bonne chose). Tous ces gens, tous spécialisés dans leur domaine, l’affirment : voir l’état du monde et notre responsabilité dans cela est un processus long, douloureux, abyssal même. Précisément parce que la situation est critique, qu’elle comporte de multiples facettes et, dernier point, mais pas des moindres, le système lui-même (les médias, les croyances véhiculées relevant de l’ancien paradigme, etc.) font tout pour qu’on ne voie pas, qu’on ne prenne pas conscience et qu’on cède à la hargne, la peur ou la dépression. Bref, tout ce qui nivelle vers le bas.

Personnellement, cela fait plus de 20 ans que j’observe tout cela (au début, on se moquait de moi et l’on me trouvait « négatif ») et que je creuse, sans cesse, la question de l’effondrement et du changement impératif qu’on doit opérer (ou continuer, selon le point de vue). C’est d’ailleurs ce qui m’a orienté vers les médecines parallèles, qui m’a fait arrêter de fumer, qui m’a fait découvrir la méditation, l’Inde, le Qi gong, changer de métier, chercher du sens à mon existence… Pourquoi ? Parce que la vie est courte et que ce n’est pas la Terre qui est en danger, mais l’humanité, et même l’ensemble du monde animal et végétal. J’ai toujours pensé que notre système, notre façon de vivre, de consommer, de jeter, que tout cela était absurde.
Je pense que la Terre survivra en mutant, et le monde animal et végétal avec. Je ne pense pas que ce sera le cas de la grande majorité du monde humain si rien ne change.
Nous sommes tous, humain, animal, végétal, minéral, connectés, au niveau physique, énergétique et invisible. Mais là n’est pas la question ici.
La prise de conscience implique une ouverture sur des perceptions et des conséquences si vastes que les spécialistes n’hésitent pas à comparer ce processus à un deuil, et donc à utiliser les étapes d’E. Kubler-Ross pour sortir de ce même deuil, deuil d’un monde qui jamais ne sera plus comme avant : déni, colère, négociation, dépression, acceptation.
Sans compter le deuil de nos rêves à nous, puis nos peurs vers l’avenir, pour nos proches, nos enfants, nous-mêmes. Mais nous ne pouvons mener ce processus à bien que si nous sommes soutenus et non plongés sans cesse dans les plus abjectes émotions tels que la rage, la haine, la manipulation de l’autre pour l’écraser, voler, violer et piller ; ni avec les croyances les plus sombres telles que : l’autre doit mourir parce qu’il est d’une race différente, d’une religion différente. Ou encore que cet animal doit vivre dans ses excréments, dévorer son compagnon de cellule (les nez, la queue, les plumes…), se faire battre pour manger et survivre, dans la peur, avant d’être égorgé, sans pitié.
Là, nous avons affaire à des émotions (les nôtres), des pensées (les nôtres), en bref des questions directement en lien direct avec notre vie spirituelle (à ne pas confondre avec le religieux).
Or, je le vois autour de moi, si l’on prend les étapes du deuil et le processus évoqué plus haut, beaucoup restent bloqués (après le déni qui est une voie de garage en soi) dans la colère ou la dépression. On parle même d’éco-anxiété (pour n’évoquer « que » la question de l’écologie). Certains plongent dans une colère froide terrible, rejetant l’autre, jugeant tout, devenant aigris, négatifs. Mais cela aussi bloque les choses. Voyons en face que la peur, la haine et l’accablement font partie du blocage, et représente un frein majeur pour agir. Et demeurer libre intérieurement.

Je connais bien cette question et cette colère, de cette rage même. Mais, il nous faut la transformer et nous en servir pour remonter la pente. Et surtout pour découvrir l’action consciente, profonde, lucide.
Alors, que faire ? D’abord, je pense que chacun trouvera, en lui, au fond de lui, ses propres réponses. Et c’est même la clé. Débuter par le déverrouillage intérieur pour déverrouiller autour de soi. C’est une liberté du dedans que rien ne peut ôter. C’est celle de Mandela, M. Luther King ou Gandhi.
Pour ma part, à mon humble niveau, j’ai orienté beaucoup de choses vers ce but, et cela a pris des années pour prendre forme : une maison à la campagne, un potager, une baisse de consommation de biens, une baisse de la pollution, une cohérence avec mon travail. Et surtout, se changer soi. Cela peut paraître fou (et j’ai mis 10 ans a vraiment l’accepter et l’expérimenter), c’est notre intériorité qui influence le monde. La destruction du monde est le reflet de notre chaos interne. Tous les peuples ancestraux le savent et tous pratiquent la même chose : l’équilibre du dedans et (vers) l’équilibre du dehors. L’un ne va pas sans l’autre.

Mais la haine pointe son nez. Dans de nombreuses facettes et situation, car l’injustice, la folie, la destruction de la vie devient trop importante et fait lever l’ombre en nous.

Il y a donc une chose que je pense primordiale en ce moment (et je pense pour les temps à venir) c’est de dépasser cette colère, non pas pour la nier, non pas pour devenir faible ou se laisse marcher dessus (ça n’a jamais été mon positionnement), mais simplement parce que la haine ne nous aide pas à être lucide, déterminé et fort. Attention, je suis révolté, mais la haine amène l’obscurité de l’esprit. On ne voit plus clairement. On n’est donc privé d’une action forte et précise. Et cela est non seulement malvenu à l’heure actuelle, mais aussi contre-productif. Nous devons être au maximum de nos capacités.
Par contre, être révolté positivement, indigné (tiens, c’est passé de mode, ce terme ? 😉 ), cela oui, ça aide, car c’est un moteur. La haine, non. Car la haine détruit tout, y compris son porteur. Ni la rage ni la dépression. Or, il est facile de voir et de comprendre qu’avec les difficultés qui arrivent (ou celles déjà présentes), il y aura de la haine, inévitablement. Comment ne pas être affligé devant les images d’enfant mourant de faim ? Devant la folie en Syrie, en Afrique ? Et la Terre ravagée ? Et les viols, les excisions, les réfugiés qu’on laisse mourir de faim, devant nos portes, nos frontières ?
Je suis allé en Bosnie juste après la guerre, pour une mission humanitaire. Jamais je n’oublierai ce que j’y ai vu (par exemple le fameux trou d’obus sur la place du marché à Tuzla).

Il y aura de l’entraide aussi. Mais il y aura des luttes. Et bien sûr que ces destructions rendent fou, dans le sens où elles nous exilent de notre calme, nous emportent dans une tempête qui de plus en plus prend une ampleur telle qu’il devient dur d’être ancré et, à nouveau lucide. Il y a tant de malheurs, tant de souffrances, tant d’injustices, de folies… Mais notre esprit doit demeurer focus.

Ces injustes gigantesques qui s’accumulent, les mensonges de plus en plus énormes qui circulent, la division des gens, la façon dont les « camps » se marquent (fasciste, anti-fasciste, ultra-libéraux, écolo-activistes etc.), cela ne peut qu’exacerber les oppositions. Il nous faut voir aussi clairement que ces haines, ces guerres d’oppositions (pourtant bien compréhensibles la plupart du temps) sont le lit des guerres physiques, des guerres de sangs. Ces guerres nourriraient comme toujours les riches, les industries qui tournent et ces gens seront, eux bien à l’abri dans leur bunker, inatteignable, se frottant la main de nous voir, nous, nous battre entre nous. Je ne me battrai pas pour eux, c’est d’ailleurs pour cela que j’ai été objecteur de conscience.
Aujourd’hui, à nouveau, je ne courberai pas l’échine et demeurerai lucide, conscient. Je me battrai pour ceux qui viennent et pour la Terre.
Non, à nouveau, je ne vous donnerai pas ma haine, pour paraphraser une autre déclaration…

Par contre, attendez-vous à ce que, ne me laissant pas aveugler par cette haine que le système instille sournoisement un peu partout (usant de peurs les plus basses et d’injustices terribles), cette confusion nous plongeant dans les plus absurdes des débats et des oppositions indignes de l’humain, je garderai l’esprit froid, le cœur chaud, le regard acéré et je lutterai jusqu’au bout pour garder la dignité, la compassion, la lucidité et par-dessus tout la liberté intérieure, celle qui fait de nous des êtres conscients et reliés. Et vous ?
Nous avons besoin de l’autre, et besoin de soigner notre Terre. Maintenant. Soyons forts, soyons implacables, déterminés. Ne laissons plus, nulle part sur le globe, cette descente dans l’ombre se poursuivre. Levons-nous, en commençant par l’intérieur de nous-mêmes.

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