Comme je le disais dans mon précédent billet de blog, la série « Sorciers » est née d’une volonté de faire goûter de l’intérieur le vécu d’un sorcier (« blanc », bien entendu). Il s’agissait pour moi de faire expérimenter au lecteur des voyages qui impliqueraient de lâcher ce qu’il connaît et de suivre le « héros » dans un monde dont il ignore les règles et les limites. Cela supposerait de lâcher prise, d’oser un abandon et donc au final de glisser dans la peau même de celui qui vivrait l’expérience : le sorcier.

Pourquoi ai-je donc voulu faire cela ? D’abord parce qu’au niveau de l’écriture, j’avoue que c’est une expérience formidable et enthousiasmante. C’est même un sacré défi (au lecteur de dire si c’est réussi ou non !).

Ensuite, je dois dire que j’ai longtemps vécu l’approche soi-disant cartésienne du monde moderne comme une insulte à l’intuition, au ressenti vibrant des choses, à des choses comme les rêves prémonitoires et ces genres de choses qu’il m’arrivait de vivre. Il m’a fallu (en bon gaucher !) trouver une place dans ce monde que, en tant qu’enfant, je trouvais froid et où les réponses à mes questions « métaphysiques » faisaient soit chou blanc soit au contraire attiraient railleries voire pire. Tout au plus, cela amenait un dédain qui se voulait bienveillant, mais surtout condescendant. Un peu comme celui que je peux retrouver encore maintenant lorsqu’on me demande ce que je fais dans la vie. Si je réponds « je suis écrivain, ou encore, praticien shiatsu et professeur de Qi gong ou encore, j’enseigne la méditation », invariablement on peut entendre quelque chose du genre « D’accord, mais c’est quoi ton vrai métier ? » Et là, je me dis qu’on ne voit pas les choses pareilles…

Peu importe, car personne ne voit les choses de la même manière, bien sûr, même si parfois certains partagent de grandes lignes fort heureusement. Mais je peux vous assurer qu’écrivain est un vrai métier et dur, qui plus est, autant qu’exigeant. Par contre, je peux aussi vous dire que ça ne rapporte quasiment rien, malheureusement. Ceci dit, pour revenir à nos sorciers, je partage avec eux au moins cette chose-là (voire même d’autres choses, mais ceci est un autre sujet) : être vu comme une personne « à part ».

Dans « Ousamequin, mémoires d’Outremonde », j’évoque largement cet aspect. Comment un enfant qui a des dons dont il ne sait rien, qui n’est entouré par personne qui s’y connaisse et qui en plus évolue dans une culture qui rejette tout cela, peut-il se développer convenablement ?

Au travers des autres nouvelles, je tente de donner au lecteur des expériences immersives pour qu’il entrevoit ce monde inconnu, comme celles de Wakiza dans son exorcisme en rêve, ou celle du sorcier jamaïcain en proie à une lutte secrète et invisible contre certains adversaires pratiquant une magie sombre.

Je voulais essayer de légèrement soulever le voile sur quelques facettes de ces gens qui, depuis l’aube des temps, soignent, guérissent, exorcisent, bénissent, voient l’avenir, interagissent avec le monde invisible et qui pourtant, en occident du moins, sont craints, rejetés ou ridiculisés. Remarquez que c’est déjà mieux que brûlés vifs. Mais il reste justement des traces profondément ancrées dans l’inconscient collectif du monde occidental de cette époque des bûchers. Je l’ai vu dans les hôpitaux, aux urgences de Paris, où règne une suprématie de la pensée se voulant rationnelle, mais que je pense plus étriquée que rationnelle.

Si les faits sont les faits, je dois dire que j’ai vu de mes yeux des chamans guérir des choses non guérissables du point de vue médical. Alors, je me demande : n’est-ce pas scientifique d’admettre « ce qui est » ? Et avant tout d’investiguer, de garder l’esprit ouvert et continuer d’apprendre ? C’est pourtant rarement l’approche que j’ai pu observer. Mais, j’avoue, les choses changent peu, et c’est tant mieux.

En tout cas, j’espère que mes courtes nouvelles de la série Sorciers pourront contribuer si ce n’est à ce changement du moins à faire voyager par la lecture et peut-être, qui sait, vous faire vivre des expériences… magiques !