Cela surprend parfois des gens autour de moi que je puisse écrire autant d’essais sur la spiritualité, l’énergétique et  la méditation que de romans fantastiques ou dystopiques. Alors, pourquoi le fais-je ?

 

Du fantastique à la quête de sens

 

Étant né en 76, il se trouve que le fantastique, les films de SF ou encore les vieilles séries du genre  La 4e et la 5e dimension (Twilight zone) ou   Code Quantum m’ont beaucoup marqué étant petit. Ils ont été une nourriture intellectuelle et au final ont servi à ma croissance intérieure. Même Ulysse 31, dont on regardait les épisodes de 5 minutes avec mon frère, avait quelque chose de mystérieux, qui invitait à réfléchir sur le destin, le sens de la justice, la notion de libre arbitre, l’interaction cause-conséquence, le dépassement de soi, le courage ou la compassion. Dans ces années-là, il y a bien sûr eu Star Wars (4, 5, 6), mais aussi Blade Runner, New York 1997, Star Trek, E.T, Tron, etc. pour ne citer qu’eux. Tous ces films m’ont forgé, m’ont fait réfléchir et , d’une certaine manière, m’ont poussé à continuer à chercher du sens à notre existence. C’est ce moteur intime et profond qui m’a ensuite fait poursuivre cette quête de sens en quête spirituelle.

 

 

Pour moi, la quête spirituelle et le monde de l’imaginaire sont liés. Ils le sont donc d’abord de par mon propre chemin de vie. Et ensuite, parce que je trouve que des livres comme « 1984 » d’Orwell, « La nuit des temps » de Barjavel, « Le meilleur des mondes » d’ Aldous Huxley ou « Soleil vert » d’Harry Harrison, sont porteurs de messages qui interrogent sur nos vies, le système social, mais aussi sur les perspectives : « Que veut-on dans ce monde ? », « Quelles sont les interactions humaines les plus nourrissantes, bienveillantes, créatrices de paix, que peut nous réserver telle ou telle voie si le monde moderne l’empruntait ? ». J’ai aussi remarqué que, par exemple, ma conscience écologique est venue très tôt et entre autres grâce à la perspective qui était reflétée dans ces ouvrages ou films. Alors certes, bien souvent, les scénarios sont sombres, perturbants, pessimistes même. On peut dire alors « ce n’est pas très spirituel », « c’est négatif » ou « je me sens mal quand j’y pense ». Pourtant, ces livres, et ces remarques, renvoient toujours à nous-mêmes. Et finalement, ils renvoient toujours vers cette question : et moi, que ferais-je alors à la place du héros, face à une telle situation ? Ce qui pourrait aussi vouloir dire : depuis quel état d’esprit, voire quel niveau de conscience, agirais-je ? Vais-je obéir aux plus bas instincts (haine, violence, rancune, meurtre, etc.) ou vais-je puiser dans mes ressources intérieures pour grandir, pardonner, ouvrir mon cœur, créer ou me montrer compassionnel ?

Quand j’ai lu la trilogie fantastique « Les fils des brumes » (Brandon Sanderson), j’ai trouvé ça à la fois sombre et magnifique. D’un côté, il décrit une quasi parfaite dictature avec son corolaire des héros résistants dotés de pouvoirs, et en même temps, il arrive à pousser le lecteur à s’interroger sur la foi, la croyance en plus grand que soi et la rédemption. Il y a aussi dans ces livres, les aspects d’une magie que l’auteur a créée et qui est particulièrement bien trouvée. Tous ces éléments invitent à s’évader dans l’imaginaire mais curieusement, ils agissent aussi comme un moyen de mieux revenir à au monde dans lequel nous vivons. Comme un départ en voyage nous fait voir, à notre retour, notre quotidien de manière différente.

 

Les héros et leur quête nous parlent de nous-mêmes

 

De plus, et là je passe au point de vue de l’écrivain, tous les personnages de ces romans sont des facettes de nous-mêmes. Ils sont comme autant de miroirs de nos personnalités complexes. Ceci m’amène à un autre pont important entre fiction et non-fiction. Le fantastique et la SF (au sens large), s’ils mettent bien souvent en avant « l’ombre », c’est toujours pour mieux mettre en avant la « lumière ». Il est de bon ton dans le monde de la spiritualité actuelle (un certain mouvement du moins) de n’évoquer que la lumière, le beau, le bon, etc. Mais ce n’est tout à fait juste de n’aborder que cet aspect. D’abord, cela n’aide guère les gens qui eux, ne vivent que leur souffrance et leur ombre. Ensuite, c’est faire fi de l’autre facette de la dualité : cette même ombre, facette dont il est nécessaire de reconnaître puis connaitre l’existence et le fonctionnement. Alors, bien entendu, le Soi, au plus profond de nous, est non entaché, pur, éternel, etc. Mais, le Soi est recouvert par le voile de la confusion et de la souffrance. La méditation est la voie royale pour aller au-delà de ce voile.

Enfin, force est de reconnaître que sur la voie de la connaissance de soi, on finit toujours par  découvrir cette ombre que tout le monde porte en lui, même s’il ne veut pas le reconnaître. Cet aspect est primordial parce qu’en vérité, reconnaître que c’est là, nous invite à la dépasser, précisément parce que nous portons tous aussi en nous cette capacité de faire appel à cette source de lumière en nous. Les racines poussent dans l’ombre, non dans la lumière. Les fleurs et les fruits sont à la lumière, mais les racines, la solidité et l’ancrage sont dans l’obscurité. C’est poétique mais bien réel y compris pour notre croissance spirituelle.

Ombres et lumières, la quête initiatique

 

Alors pourquoi chacun d’entre nous porterait de l’ombre en soi ? Simplement parce que nous avons tous été blessés ou déçus, parce que nous avons de la colère ou du désespoir en nous pour telle ou telle chose. Nous hébergeons des tensions inconscientes, des mémoires douloureuses. Tout cela génère de la souffrance, par la pensée, l’émotion, etc.  La plupart du temps cette ombre est complètement enfouie en nous, mais elle est bel et bien active en sous-marin. Quiconque pratique la méditation sérieusement depuis quelque temps vous le confirmera, nous portons tous ça en nous. Mais le cœur de la question est premièrement de ne pas en avoir peur et ensuite d’apprendre à l’accueillir, de faire connaissance avec cela pour, au final, à l’instar des héros de roman, faire un avec en l’embrassant. C’est l’histoire du Graal (quête, découverte de notre monde intérieur), du chevalier (courage, abnégation…) face au dragon (lumière ou destruction et renaissance) dans la grotte (visite de l’obscurité intérieure, lieu de transformation cachée, etc.), etc. Au fond, il s’agit ici,  encore et toujours, de transformer le plomb (l’ombre, les émotions enfouies, pensées obscures et mécaniques) en or (conscience claire, vision pénétrante, présence, etc.). C’est la transformation.

Puis vient la transmutation : du deux (dualité ombre/lumière) nous réalisons que nous sommes un : l’au-delà de la dualité, nous sommes la Conscience, le Soi ; nous sommes l’Observateur du héros, comme lorsque, enfant, nous écoutions ou lisions les contes. Ces contes nous parlent de nous, de notre inconscient, de notre profondeur, des archétypes, et au final de notre quête spirituelle à tous. De l’ombre vers la lumière, de la dualité vers l’unité, de la confusion vers la paix intérieure.

Tout cet aspect initiatique du récit de fiction est passionnant ; qu’il passe par les questions sociales, humaines, environnementales ou spirituelles. Je suis intimement persuadé que tout cela est lié. Des écrivains comme Paolo Coelho, James Redfield, Deepak Choppra ou encore Frédéric Lenoir, Henri Gougaud et Denis Marquet, pour citer aussi des auteurs français, l’ont très bien compris. Il y a bien sûr beaucoup d’autres auteurs que je pourrais mentionner. En tout cas, pour moi, écrire des romans fantastiques même s’ils peuvent être parfois sombres, parfois mêmes durs, a  toujours pour but ultime de servir à s’interroger, questionner le réel et amener vers plus de conscience, plus de présence et plus de clarté en soi.

 

 

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